la sélection de juin 2021

« L’homme, au mois de juin, descendra dans les gouffres (où se concentre la fraicheur) par de petites échelles de fer, pour regarder sur les parois humides toutes sortes d’aurochs et de bisons qu’y peignent les gens du pays afin d’attirer les touristes. On leur vendra, pour s’éclairer, des queues-de-rat et des lampes-tempête. Ils trouveront dans les ténèbres, des champignons, des moisissures, et parfois même un axolotl, larve de poisson molle et blanche qui a l’air d’un morceau de salsifis et dans laquelle certains savants voudraient voir l’ancêtre de l’homme, encore que rien, pour le profane, n’annonce en cet étrange insecte l’image complexe de Montaigne, de Landru ou de Ravaillac. »

(Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons)

L’échoppe où rôdent ces corps noirs…

Si par un soir d’hiver, voyageur immobile, tu viens pousser la porte de la boutique obscure et te glisses à tâtons au milieu des fossiles de regrets souriants ou de désirs impurs qui jonchent le parquet grinçant du souvenir, il te faudra sonder les replis du hasard pour discerner l’écho de tes premiers soupirs dans les ombres furtives qui hantent les placards. Là, musardent les spectres et gloussent les fantômes, quand le feu d’un regard embrasse ce royaume de serments consumés en fugaces passions. Là, tu cherches ta route, une histoire, la lumière, l’espoir recommencé de grâce ou de pardon. Là, tes songes remontent du pays des mystères…

Trente-six textes courts pour t’en faire voir autant, des chandelles.

trois nouveaux textes ici

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La mort qui grouillechapitre 15

C’est un ciel bas et lourd qui, au matin du dimanche 21 juin 1914, pèse, comme un couvercle, sur la cité tourangelle.
D’ordinaire et de l’avis général, il fait bon vivre à Tours. Le climat local est tempéré, la campagne environnante verdoyante et fleurie, la Loire tour à tour apaisante ou stimulante, le fromage de chèvre savoureusement crémeux, les rillons généreusement appétissants, le vin joliment fruité, et cætera
À l’exception de quelques menus épisodes fâcheux – comme l’attaque, en 845, du chef viking Hastling, éducateur de Björn Côtes-de-Fer, le fils du fameux Ragnar Lodbrok, qui, après avoir pris Ancenis, Angers, Saumur et Chinon s’était cassé les dents sur Tours, dont la résistance héroïque lui laissa un goût suffisamment amer pour qu’il décide d’en remettre un coup sept ans plus tard avec un succès autrement écrasant fêté dignement par un pillage en bonne et due forme de l’Abbaye Saint Martin, entre autre, ou d’occasionnelles contrariétés passagères, comme les émeutes de la faim de novembre 1846 promptement réprimées à grands coups de sabre par le 2eme Régiment de Lanciers – il ne s’y passe jamais rien de bien grave et les jours s’écoulent paisiblement, apportant aux habitants leur lot de quiétude et de sérénité, confinant les uns dans le confort ouaté propre aux bourgs de province, les autres dans l’ennui profond caractéristique des villes embourgeoisées.


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