les couverts de gueux
Observons un gueux dans un restaurant de luxe : il courbe l’échine, jette en biais des regards où la déroute se mêle à l’inquiétude, sue abondamment de la face, déglutie à grand peine une salive que l’on peut supposer âcre autant qu’épaisse et se tortille minablement dans ses vêtements démodés, souvent usagés, véritable insulte au bon goût. C‘est évident : il est super gêné. Est-ce à cause de la modestie de sa mise qui, malgré un déficit d’intelligence probable et une absence radicale du plus élémentaire bon sens, ne peut que lui faire sentir l’incongruité de sa présence en ces lieux tout entiers voués à la classe et au luxe ? Songe-t-il à l’addition qu’il ne pourra vraisemblablement pas régler dans un établissement où même le verre d’eau tiède est au dessus de ses moyens (et pour cause, il n’en a pas, de moyens) ? Point du tout. Depuis des années déjà, les établissements les plus renommés, dans un souci fort louable de ne pas s’attirer les foudres de juges rouges rompus aux idées délirantes d’égalité et de fraternité, ont décrochés de leurs façades les panneaux « Interdit aux chiens et aux pauvres » et glisser dans leurs cartes des plats spécialement adaptés aux portefeuilles des miséreux, loqueteux, indigents et autres minables. La croûte de vent sur son lit de rien du tout, le suprême de néant, l’absence de quoi et son coulis de vide, le queue dalle sauce zéro, sont parmi tant d’autres les plats qui ont ouverts aux gueux les portes des quatre étoiles. Mais si les restaurateurs ont su adapter leurs menus aux mutations économiques de notre société, ils ont bien souvent oublié de changer leur ménagère en conséquence. Et voilà notre gueux dépité devant une ribambelle de couteau à poisson, à fromage ou à viande ; de fourchette à gâteau, à huître ou à gibier ; de cuillère à moka, à soupe ou à café, ne sachant que faire de tous ces ustensiles dont pas un n’est adapté à ce qu’il a commandé. Bientôt pourtant, grâce aux Coubeurk©, les couverts de gueux (70% laiton de récupération – 30% camelote diverse) spécialement conçus pour manger rien du tout, le pauvre pourra relever la tête et lancer gaiement, au sortir d’un restaurant huppé : « Ma foi, j’ai fort bien jeûné. »
fourchette à rien – ref.456987
couteau ni fromage – ref.147852
cuillère ni dessert – ref.321654