la machine à coudre les parapluies
Lorsqu’au prix d’un si long et douloureux voyage à travers des océans souvent hostiles, lorsqu’au terme d’une vie de labeur exténuant perdue à faire le siège des salles d’attente des dentistes de la côte Est, lorsque lassée du monde et fatiguée des hommes, Moby Dick arriva en vue des falaises bretonnes le long desquelles elle espérait enfin trouver un légitime repos (sa tante Germaine y avait une petite maison de granit rose à deux pas du Croisic avec des volets bleus et des massifs d’hortensias devant la porte), elle découvrit, stupéfaite, un comité d’accueil fourni et vociférant, tassé au sommet des rochers, qui se mit à gesticuler dangereusement en apercevant le cétacé. Essentiellement constituée de bigoudènes aux nez rougis par le cidre bon marché et de marins pêcheurs encombrés de binious dissonants, cette foule de vieux gorilles, d’assassins et de gueux, cette armée de crétins, de chômeurs, de strip-teaseuses, cette réunion de chair, de sueur et de désirs éleva vers le ciel un cri de joie aigu, lugubre, à faire trembler les nuages. D’un œil encore vif, Moby Dick y chercha le profil de sa tante (un front saillant comme la visière d’un képi de sergent, un nez plus crochu que le bec de l’aigle à deux têtes, le menton tapissé d’un velours de poils drus). En vain. Retenue par un important travail de raccommodage de parapluie, tata était assise derrière sa vieille machine à coudre en fonte poli par le temps. Déçue, Moby Dick fit demi-tour et alla crever au loin. Livrée avec sa table de dissection, la machine à coudre de tante Germaine (70% fonte – 30% regrets divers) est livrable en moins de 48 heures.
fonte dorée à l’or fin – ref.661655
platine iridié – ref.563990
bakélite galvanisé – ref.533422