mardi 3 septembre
Bye bye les vacances, bonjour l’enfer ! Retour au bagne. En plus Fanny a changé de bahut et je me retrouve dans une classe de boloss (on dirait des bébés). Mes parents disent que c’est la punition des redoublants, que j’avais qu’à mieux travailler l’année dernière. Fait chier ! Qu’est-ce qu’ils comprennent à ma vie ? Tout ce qu’ils veulent, c’est « mon bonheur » = bosser au collège pour avoir un job plus tard. MDR ! Mais moi je m’en fous du boulot. Et je m’en fous de plus tard.
jeudi 5 septembre
Matinée de merde. Commencer par un cours de maths c’est déjà pas génial mais avec Poussin ! JE HAIS LES MATHS !!! Je suis sûre que Poussin va me faire chier comme l’an dernier. En plus, la classe de nazes quoi ! A part une meuf qui a l’air cool. Il parait qu’elle s’est faite virée de son bahut parce qu’elle fumait dans les chiottes. C’est Isidore qui m’a dit ça. Genre le mec il m’a jamais calculée de toute l’année dernière et là il vient me parler parce que je suis la seule qu’il connait, mais il va se calmer direct. Surtout vu sa tronche pleine de boutons. Carrément dégueulasse !
samedi 7 septembre
Monika (la meuf cool) vient d’arriver d’une autre ville parce que ses parents ont déménagé cet été (bonjour les vacances !). Elle a un frère au lycée (si ça se trouve il est dans la même classe que Fanny, ce serait trop marrant la coïncidence). Et l’histoire des clopes dans les chiottes, c’est n’importe quoi. Quand je lui en ai parlé, elle hallucinait carrément. Après elle a taclé Isidore le mytho devant tout le monde. Il était tout rouge le boutonneux. J’étais morte !
lundi 9 septembre
Piscine en première heure avec Cochard le sadique. L’année dernière il arrêtait pas d’harceler les filles en leur disant qu’elles ne courraient pas assez vite ou je sais pas quoi. Une fois il a fait chialer Bénédicte Monssi qui était genre tétanisée sur la corde à un mètre du sol. C’était marrant à voir mais Cochard lui gueulait dessus et il faisait des remarques sur son poids. Même si elle est un peu grosse, ça se fait pas. Cochard, c’est un sadique et un vicieux. Comme par hasard, quand c’était Fanny qu’arrivait pas à tenir l’équilibre sur la poutre, il lui tenait les jambes en mode « je t’aide » mais c’était juste pour la tripoter. Une qui est super bien foutue aussi, c’est Monika. Quand elle est arrivée au bord du bassin en maillot, j’ai cru que Cochard allait clamser. Comment il l’a maté, c’était ouf ! Et les mecs aussi. Même les filles, vu qu’elles ont zéro formes. Elle nage trop bien en plus. On dirait une sirène tellement elle est magnifique ! Dans le vestiaire, j’ai vu qu’elle avait une étoile sur l’épaule. C’est un pote à son frère qui lui a fait. Je lui ai dit : « Un pote à ton frère ? » Elle m’a regardé sans répondre, genre avec les larmes aux yeux. C’était trop bizarre. Après Camille a glissé dans la douche et on a toutes explosé de rire (sauf elle). Sinon je suis sûre qu’elle aurait chialé. Un tatouage, j’adorerais. Genre une fleur avec plein de pétales ou un serpent enroulé sur lui-même (j’ai vu des photos sur internet il y en a des trop trop beaux). Mais avec mes parents, c’est mort. Ils voudront jamais. Quand j’aurais 18 ans, je m’en ferai un et ils pourront juste rien dire.
mardi 10 septembre
Fanny dit qu’au lycée les mecs sont aussi cons qu’au collège. Par contre, elle voit pas c’est qui le frère à Monika. Elle doit venir dormir à la maison demain. Quand je vais lui raconter ce qui s’est passé en cours d’anglais, elle va trop délirer : Isidore arrêtait pas de loucher sur Monika parce qu’elle avait un crop-top et le naze, je pense qu’il a jamais vu un nombril de sa vie. Monika, elle l’a repéré (genre : il faisait tomber exprès son stylo et il le ramassait en se penchant sous la table pour la téma) et elle était trop vénère ! Elle s’est retournée en gueulant : « ça va ou quoi, l’obsédé ? Tu veux des jumelles ? » Le mec il allait exploser quoi. Il s’est mis à suer comme un porc. Tout le monde s’est retourné vers lui en riant, c’était carrément trop la honte. Et le prof qui gueulait : « Be quiet ! Be quiet ! » Trop marrant !
mercredi 11 septembre
C’est dégueulasse ! Monika a été convoquée ce matin parce que soi-disant elle doit pas montrer son nombril au collège. Genre : si les mecs sont des porcs, c’est de sa faute quoi ! Il parait que c’est écrit dans le règlement intérieur. Sauf qu’à la récré on a vérifié et il y a juste écrit qu’il faut « une tenue correcte ». On sait pas c’est quoi : correcte. Avec les filles, on dit que Monika elle est correcte. C’est les mecs qui le sont pas. Du coup on a proposé d’aller se plaindre à la CPE mais elle dit que c’est pas la peine. Ce qu’il faudrait faire c’est toutes venir en crop-top, rien que pour montrer qu’on est avec elle. Mais il y a forcément des meufs qui voudront pas. Déjà, Marine elle trouve qu’au collège on devrait pas s’habiller comme si on allait faire la belle en ville. On l’a pourrie direct. C’est carrément nul de dire ça ! Évidemment elle est jalouse parce qu’elle est moche. A la sortie, le frère à Monika est venu la chercher et on lui a dit ce qui s’était passé et il était trop vénère. J’ai cru qu’il allait péter la gueule à Isidore. Monika l’a empêché sinon ça aurait dégénéré. C’est cool de défendre sa sœur comme ça. Il est carrément cool.
jeudi 12 septembre
Quand j’ai raconté ce qui s’est passé à Fanny, elle y croyait pas. Elle a dit qu’on aurait du aller voir la CPE même si des filles étaient pas d’accord. Après je lui ai parlé de Lucien et elle dit qu’il a pas à se mêler des affaires de sa sœur. Moi je pense que c’est cool et qu’elle a de la chance, Monika, de pouvoir compter sur son frère parce que tout les frères feraient pas ça. Fanny elle dit que moi je peux pas me rendre compte vu que je suis fille unique. Mais c’est elle qui peut pas se rendre compte parce qu’elle connaît pas Lucien. Alors elle a rigolé en disant « Okay » mais genre en faisant trainer la fin de « Okay » l’air de dire « J’insiste pas mais okayayayayay ». Du coup j’étais vénère. En tous cas au collège tout le monde parle que de cette histoire et c’est carrément n’importe quoi parce que, la moitié, ils ne savent même pas ce qui s’est passé et ils répètent juste ce que Machin a dit à Truc. Il y a des filles qui disent que Monika c’est « une allumeuse » et la plupart des mecs, évidemment, qu’elle est « trop bonne ». Non mais, c’est quoi ? Des bêtes ? Lol ! Ils jouent les machos mais dès qu’ils voient passer une cuisse, ils deviennent carrément débiles.
vendredi 13 septembre
Quand j’ai rapporté à Monika ce qu’avait dit Fanny, elle a dit qu’elle avait carrément raison et que son frère, il était très sympa d’accord, mais qu’elle avait besoin de personne pour se défendre. Après on est allé en cours de maths et là, mais délire complet quoi ! Poussin lui a demandé de venir au tableau. Elle a enlevé son sweat et dessous elle avait un crop-top encore plus court que la dernière fois. Genre limite une brassière quoi ! Orange vif en plus. Je me suis dit qu’elle était guedin, qu’elle allait se faire foncedé. Isidore a sifflé super fort. Les mecs se sont mis à ricaner. Mais du coup ça m’a trop vénère et, je sais pas pourquoi, j’ai commencé à applaudir et toutes les filles ont fait pareil et quelques mecs aussi. Poussin, elle était folle. Elle a renvoyé Monika à sa place en disant que ça en resterait pas là. Et après, direct : une interro surprise.
samedi 14 septembre
J’ai rencontré Lucien dans le bus. J’étais avec Fanny et elle me dit qu’il y a un mec qui arrête pas de nous regarder. Je me retourne et là, trop bien, c’était Lucien. Il s’approche en disant qu’il n’était pas sûr que ce soit moi. On a parlé un peu de l’histoire avec Monika. Là le bus a pilé et, super gênant !, je me suis aplatie contre la barre : ma poitrine pile sur sa main ! J’étais mais carrément rouge comme une tomate. Lucien a fait comme si de rien. Il a juste dit : « ça va ? » mais bon je savais plus où me foutre. Fanny ça l’a trop fait goleri. Lucien a bien vu que j’étais trop gênée. Quand on est descendu, Fanny elle riait encore et ça m’a super vénère mais c’était encore pire. Elle s’est carrément assise sur un banc tellement elle pleurait de rire alors au bout d’un moment, Lol ! j’ai pas pu m’empêcher de faire comme elle.
lundi 16 septembre
Le clash complet ! En cours de sport Cochard le porc n’a pas arrêté de faire des remarques dégueulasses à Monika (genre : « Pourquoi tu n’es pas en tenue ? » comme s’il ne voyait pas la différence entre son maillot de bain et ses habits). Lourd ! A un moment, Monika avait les yeux qui brillaient et j’ai cru qu’elle allait chialer. Mais non, elle s’est mise à gueuler sur Cochard en lui disant que c’était un gros psycho et qu’elle allait se plaindre parce qu’il était trop dégueulasse. Après elle est partie dans le vestiaire. Cochard était trop mal à l’aise. Il s’en est pris à nous en disant qu’on avait dix minutes pour nous rhabiller. J’ai essayé de parler à Monika mais j’ai bien vu qu’elle voulait qu’on la laisse tranquille. Et toute la journée elle est restée dans son coin. Tout le monde parlait sur elle mais, dès qu’elle arrivait, ils se taisaient. On a fait comme si on s’en foutait mais c’était trop bizarre l’ambiance.
mercredi 18 septembre
Délire : Monika va passer en conseil de discipline. C’est n’importe quoi ! Même Fanny qui n’est pas du collège a dit que c’était dégueulasse et qu’il ne fallait pas laisser faire ça. Au minimum, elle dit qu’il faut faire une pétition mais je ne crois pas qu’on aura le temps. Par contre, il ne faut pas laisser Monika y aller toute seule. Certaines filles sont d’accord pour venir avec moi et qu’on l’accompagne jusqu’à la salle. J’ai prévenu Monika et ça lui a fait plaisir, même si elle affirme que ce n’est pas elle qui doit avoir peur.
jeudi 19 septembre
On s’est retrouvé devant le collège à dix ou quinze pour accompagner Monika et, en passant dans la cour, d’autres filles sont venues nous rejoindre. Une surveillante a commencé à gueuler en disant qu’on n’avait pas le droit de se regrouper comme ça mais on a continué quand même et en passant dans les couloirs d’autres encore se sont ajoutées. Du coup, en arrivant devant la salle du conseil de discipline, on était au moins cent. La CPE est sortie pour voir ce que c’était que ce bordel et Monika est passée devant elle, sans la regarder. On l’a suivi et quand on a été tout en haut, dans la salle de musique, Monika a ouvert la fenêtre pour monter sur le toit, en passant par la gouttière. Des profs et des surveillants sont arrivés en catastrophe pour essayer de nous empêcher de sortir, en disant que c’était interdit, et dangereux. Certaines filles ont été bloquées dans la salle où elles ont commencé à siffler, à protester, en tapant dans leurs mains. Et puis, elles ont pris toutes les flûtes et tous les instruments qu’elles ont trouvé autour d’elles, et, en deux minutes, c’était un tintamarre incroyable.
Nous étions quand même une trentaine sur le toit. Monika s’est approchée du bord. Tout près. Comme si elle avait l’intention de sauter. En bas, dans la cour, les professeurs et la CPE s’étaient serrés autour du principal qui criait : « Vous allez tomber ! Descendez ! » Et tous les élèves autour regardaient en nous faisant des signes. Monika a mis ses mains autour de sa bouche, comme un porte-voix : « A bas les pions ! A bas les punitions ! La liberté ou la mort ! » Alors, tous les élèves se sont mis à hurler, et nous aussi, tous ensemble : « La liberté ou la mort ! » Monika a enlevé son tee-shirt. Elle l’a fait tournoyer au-dessus de sa tête, comme un étendard. Nous aussi nous avons retiré nos tee-shirts, nos chemises, nos pulls, et quand nous avons toutes été torse-nu, nous les avons jetés dans le vide. Ils ont plané un moment, au ralenti, comme les pétales d’un cerisier à la fin du printemps, puis se sont étalés dans la cour du collège, sous les vivats des élèves qui se mêlaient à nos cris : « La liberté ou la mort ! ». Mais moi, à la fin, je criais juste : « La liberté ! La liberté ! »