
Elle l’encourage d’un hochement de tête.
Dans sa chambre. Tu accompagnes la gamine dans sa chambre. Elle est sensée s’y préparer pour aller à l’école mais a plutôt envie de jouer, manifestement. Quand tu lui conseilles de s’habiller – vu que, là, elle porte une sorte de caleçon en velours noir, mais un velours très très fin, limite un collant serait plus épais en comparaison – un collant 15 deniers, évidemment, puisque si on est sur du 80 deniers, forcément, ça ne le fait plus – et, franchement, elle ne peut pas aller en classe avec, à la première récréation, il va être troué et déchiré son falzard, tellement il est mais trop fragile quoi – et lui donne des tuyaux pour régler l’affaire vite fait bien fait, elle ne t’écoute pas. Elle préfère regarder au loin, en pensant à autre chose. Elle est dans son monde, à se faire des films, comme on dit. Et toi, de ton côté, tu es un peu tel le réalisateur qui essaierait d’expliquer à une actrice comment interpréter la scène qu’il s’apprête à tourner et qui ne se rendrait pas compte qu’elle n’entend rien du tout, genre : cause toujours tu m’intéresses. Tu n’insistes pas. Et au bout d’un petit moment, vous revenez dans le salon où la fillette, pour une raison mystérieuse s’assoit sur tes genoux. Ce n’est pas la place qui manque pourtant, dans la pièce. Mais non, sur tes genoux. Direct. Et sans détour. À croire qu’elle avait soigneusement préparé son… son itinéraire. Donc, tu es assis sur ta chaise, et elle, sur tes cuisses. On ne peut pas dire que tu es à l’aise. Plutôt embarrassé, confus même, voire bouleversé. La mioche s’en aperçoit et cela, inévitablement, ajoute à ton malaise. Car si, elle, le discerne, ton trouble, d’autres, également, pourront le remarquer. S’interroger. Et te prêter de mauvaises pensées. À tort. Mais tu connais les gens, ils se fient aux apparences et interprètent facilement sans savoir. Mettons qu’entrant dans une pièce, ils tombent sur un bonhomme qui tient les chevilles d’un gosse debout sur la table, vont-ils penser qu’il essaie de lui apprendre à marcher ou qu’il tente de lui péter les jambes ? Difficile de trancher. On a vite fait de colporter des rumeurs, de faire des réputations. Toi, tu ne voudrais pas être confronté à ce genre de jugements expéditifs. Surtout que ta mère et son amie sortent de la cuisine et tu crains qu’il ne leur saute aux yeux, ton émoi. Puis qu’elles en tirent des conclusions peu flatteuses à ton sujet. Voilà ce que tu ne voudrais pas qu’il advienne. Peut-être parce que tu n’as pas la conscience tranquille, parce que tu caches au fond de toi des “cachotteries”, pas bien méchantes en vérité, limite sans intérêt, mais qui à la lueur de l’inconscient se font péchés véniels, sinon mortels. Des péchés en tout cas. Une tâche sur ta conscience. Comme celle que tu découvres sur le velours du legging. Alors tu crains le… les… comment ?
à suivre > L’histoire douce
