Qu’est-ce qu’il a cru vraiment, qu’est-ce qu’il a voulu croire, qu’en allongeant le bras il toucherait son visage, ses doigts contre sa peau, là dans ses cheveux noirs, là sur sa bouche aussi ses lèvres s’envisagent, dans son cou dénudé déposer un baiser, là un autre plus bas, là un autre soupir et tout contre son corps tout contre s’allonger, se glisser dans ses plis, la regarder dormir, poser sans l’éveiller une main près de son sein, chercher son cœur qui bat, et son cœur qui s’épuise à trouver de ses rêves le sinueux chemin qui unit l’abandon à la douleur exquise, descendre sur son ventre, contre ses joues sentir ses cuisses se délier, s’alanguir doucement, pousser dans ses abîmes sa langue qui s’étire pour goûter de sa chair le parfum de son sang
Qu’est-ce qu’il a cru alors, qu’est-ce qu’il a voulu croire, il n’a pas vu venir du lointain la tempête, le vent chasser les ombres où poussaient dans le soir les souvenirs usés de chimères sans tête, et son cœur desséché soudainement noyé suspendu à la crête plongeant au fond du gouffre, au creux de l’infini de bord à bord roulé, traqué par les remous et qui brûle et qui souffre, et son cœur qui s’emporte, et son cœur endormi dans les recoins obscurs de ses désirs sans nom sans visage et sans voix pour guider dans la nuit l’envie du voyageur perdu dans sa prison, tourner en rond tourner autour de l’ombilic, autour du puits tari des entrailles fatiguées d’où ne montaient alors en plaintes magnifiques que les lambeaux navrants des espoirs égarés
Qu’est-ce qu’il a cru ainsi, qu’est-ce qu’il a voulu croire, en offrant au hasard l’empreinte de ses pas, scrutant chaque silhouette pour ne jamais la voir, écoutant les murmures sans entendre sa voix, le chemin à l’envers ne se refait jamais, l’aurore n’efface pas les larmes du couchant, il craint plus que l’absence son oubli désormais quand son regard lancé rencontre le néant, pourtant demain aussi il pensera encore, demain ses yeux sa peau et demain son sourire, demain sa voix ses mots, demain demain son corps, demain il reviendra il recommencera, demain le même espoir de ne jamais finir, où aller sinon là sinon dans ce qu’il croit, s’étendre dans la vie sans craindre d’en souffrir, elle ne sera pas là mais qui sait toutefois…