la sélection de juin 2020

« Le mois de juin rappelle à l’homme la mort de Néron et de Mahomet. Mais celle d’Alboin, roi des Lombards, est encore bien plus instructive, car, s’étant façonné une coupe assez grossière dans le crâne de son beau-père, il y fit boire sa femme, qui n’en fut pas contente et le fit assassiner en 573, le 27 juin, par son secrétaire et son amant, ce qui prouve combien il faut se méfier de son entourage et ne pas faire boire sa femme dans le crâne de son beau-père. »

(Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons)

Mirage de la vie

« Ah mais non ! Je ne suis pas, mais alors pas du tout d’accord avec vous ! » s’exclama Bakounine sur un ton qui n’encourageait pas spontanément la contradiction. D’ordinaire peu enclin à s’en laisser conter, Karl Marx ne put maîtriser tout à fait un sursaut, avant de lancer en coin à son compagnon un regard dans lequel une indéniable surprise étreignait une perplexité plus diffuse.

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a priori

De tous les groupuscules protestataires qui se constituèrent dans la fièvre insurrectionnelle de mai 68, le Collectif Solid/taire n’est pas resté, loin s’en faut, le plus célèbre.

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Sorel eros

Sorel Eros est un palindrome. Ses deux auteurs ne cherchent pas à en faire mystère puisque la chose est annoncée, sur la couverture même, juste sous le titre qui est lui-même évidemment, un palindrome.

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L’enfant sauvage

Durant l’automne 1797, des paysans de l’Aveyron partis chercher des champignons dans la forêt, tombent nez à nez avec ce qu’ils prennent d’abord pour un animal et qui s’avère être un enfant de dix ans, nu, sale et grognant.

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Victor de l’Aveyron

« Jeté sur ce globe sans force physique et sans idées innées, hors d’état d’obéir par lui-même aux lois constitutionnelles de son organisation, qui l’appellent au premier rang du système des êtres, l’homme ne peut trouver qu’au sein de la société la place éminente qui lui fut marquée dans la nature et serait, sans la civilisation, un des plus faibles et des moins intelligents des animaux : vérité sans doute bien rebattue, mais qu’on n’a point encore rigoureusement démontrée. »

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la sélection de mai 2020

« Mai se compose essentiellement de trente et un jours si habilement distribués qu’ils forment tous les ans le cinquième mois de l’année. Il tire son nom de Maïa, mère de Mercure, mais les anciens l’avaient placé sous la protection d’Apollon. »

(Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons)

Mon chef

Dans la dernière semaine de mai 2020, tandis que les rumeurs d’une apocalypse virale commenceront à envahir Paris, l’ambassadeur de Chine tombera raide mort au milieu du terminal 1 quasi désert de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, deux minutes à peine avant son embarquement à bord de l’avion qui aurait dû le conduire à Pékin où son gouvernement lui avait intimé l’ordre de rentrer promptement.

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Celle que je préfèrechapitre 1

« Nous l’avons trouvé, professeure ! »

Retirée dans le silence de son bureau, la professeure Dalembert était perdue dans ses pensées lorsque la porte s’ouvrit à la volée, enfoncée par la jeune femme surexcitée qui venait d’annoncer cette nouvelle apparemment sensationnelle. La puissance vocale de l’intervenante, plus encore que la soudaineté de son irruption, surprit la professeure à un point tel que son corps fut tout entier secoué d’un sursaut dont la violence aurait pu l’entraîner dans une grotesque chute, si le prompt réflexe qui lui fit plaquer fermement ses deux mains sur le bureau ne l’eut préservé in extremis de ce funeste sort.

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Voices in a room

Alors tu as choisi d’écouter Voices in a room.

Tu te décides à pousser la porte d’une chambre vide, aux volets clos, aux murs déserts. Tu avances sans but précis, sans attentes particulières.

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la sélection d’avril 2020

« Avril, quatrième mois de l’année depuis un édit de Charles IX, daté de 1564, n’a que trente jours mais c’est bien assez. Il permet à l’homme de manger les premières pousses du crambé maritime, dont la saveur, assez insignifiante, distrait pourtant l’imagination.»

(Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons)

Studio mon amour

« Tu n’as rien vu aux Studio. Rien.

– J’ai tout vu. Tout.

– Non, tu n’as rien vu aux Studio.

– Ainsi, Hiroshima mon amour, je l’ai vu. J’en suis sûre. Hiroshima mon amour a été projeté aux Studio. Comment aurai-je pu éviter de le voir ? »

Juliette releva la tête, ouvrit la bouche, hésita. Les quatre personnes assises à ses côtés étaient plongées dans la lecture studieuse de feuillets dactylographiés. Elle décida de garder pour elle ses commentaires et revint à son propre texte.

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La mort qui grouillechapitre 1

C’est le printemps à Tours, et partout ailleurs.

Le soleil, depuis peu couché, a cédé sa place à une lune pleine dont l’éclat dessine sur la cathédrale Saint Gatien de grandes ombres zigzagantes. Le dernier office dominical est terminé depuis longtemps. Les orgues se sont tues, les vitraux éteints, les cloches endormies. Les paroissiens ont regagnés leurs demeures et seules les gargouilles observent encore les rues désertées. Rien ne semble vouloir perturber le silence de cette nuit de juin 1914. Tout est calme, tranquille, assoupi. Derrière les vitres d’un bâtiment voisin pourtant, une forme s’active prés d’une lueur vacillante. Dans sa petite loge, Ernest Lahurie, gardien du musée des Beaux-arts, s’apprête à effectuer l’une de ses rondes nocturnes.

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Comme des trains dans la nuit

Au moment où la Cinémathèque nous offre l’occasion de revoir (ou de découvrir) Les deux anglaises et le continent, les éditions Gallimard publie un recueil de textes écrits par François Truffaut entre 1954 et 1958, pour le magazine Arts-Spectacles. Heureuse coïncidence qui permet de mesurer l’importance de l’écrit dans la construction de l’homme et du cinéaste, comme dans son développement artistique.

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la sélection de mars 2020

« Mars, qui fut le 1er mois de l’année, n’est plus que le 3e, et compte trente et un jours, à chacun desquels suffit sa peine. Il a reçu son nom du dieu Mars, patron de la guerre et des giboulées, qui protégeait les céréales alimentaires et figure parmi les planètes sous forme d’une étoile rougeâtre et d’un éclat ferrugineux qui a deux Lunes, Deimos et Phoïbos, et qui brille sans scintiller. »

(Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons)

Solitaire solidaire

C’était un lieu absolument solitaire. Aussi loin que le regard pouvait s’étendre, il n’y avait personne dans la plaine ni dans le sentier. On n’entendait que les petits cris faibles d’une nuée d’oiseaux de passage qui traversaient le ciel à une hauteur immense. L’enfant tournait le dos au soleil qui lui mettait des fils d’or dans les cheveux et qui empourprait d’une lueur sanglante la face sauvage de Jean Valjean.

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L’art du puzzle

Présenté à la Cinémathèque le 9 décembre dernier, La Salamandre, donnait l’occasion de retrouver Bulle Ogier dans l’un de ses rôles les plus marquants. L’occasion également d’attiser le souvenir de sa fille, Pascale, disparue prématurément en 1984. L’occasion enfin de constater que ces films vus ou revus, tracent, suivant des logiques d’attraction et de résonnance, les contours d’un cinéphilie personnelle et intime.

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Le petit livre rock

« Ce livre est un hommage aux musiciens, graphistes, dessinateurs, écrivains, journalistes, qui ont rendu ma vie, et celle de beaucoup d’autres un peu moins grise, un peu moins sage, mais pas forcément moins lucide pour autant. » Ce n’est pas moi qui le dis mais Hervé Bourhis lui-même en introduction de son livre, Le Petit livre Rock.

Pourquoi petit ?

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